Poisson · Humain · Mise à jour 5 septembre 2026
Thon : peut-on en manger après la date ?
Verdict — Humain
Avec modération
Deux fois du poisson par semaine, mais pas deux fois du thon : il concentre le méthylmercure et cause 85 % des intoxications à l'histamine.
Poisson prédateur des mers chaudes, vendu frais ou en conserve. Il concentre le méthylmercure, et c'est l'aliment à l'origine de 85 % des intoxications à l'histamine recensées en France.
01 Pourquoi
Le thon pose deux questions distinctes, et il faut les séparer parce qu'elles n'ont ni le même mécanisme ni le même délai.
Première question : le méthylmercure, qui est un problème de fréquence.
L'ANSES recommande de consommer du poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras riche en oméga-3, en variant les espèces et les zones d'approvisionnement. Mais elle range le thon parmi les poissons prédateurs sauvages — avec la lotte, le loup (bar), la bonite, l'empereur, le grenadier, le flétan, le brochet, la dorade, la raie et le sabre — dont la consommation doit être limitée, parce qu'ils accumulent le méthylmercure en haut de la chaîne alimentaire.
Le chiffre à retenir est celui-ci : l'ANSES écrit que des consommateurs, adultes comme enfants, très réguliers de poissons prédateurs sauvages (plus d'une portion par semaine) peuvent présenter des niveaux d'exposition dépassant la dose hebdomadaire tolérable. Le méthylmercure « peut ainsi provoquer des troubles comportementaux légers ou des retards de développement chez les enfants exposés in utero ou après la naissance ». Les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de 3 ans doivent donc limiter le thon ; l'espadon, le marlin, le siki, le requin et la lamproie sont, eux, à éviter complètement.
Deux fois du poisson par semaine, donc, mais pas deux fois du thon.
Deuxième question : l'histamine, qui est un problème de conservation — et c'est là que le thon est un cas à part.
Le thon est le premier aliment responsable d'intoxication à l'histamine en France. Les Centres antipoison et l'ANSES ont recensé, entre 2012 et 2021, 543 patients ayant partagé 173 repas de poisson à l'origine d'une intoxication à l'histamine. 85 % de ces repas étaient du thon, 7 % du maquereau, 3 % de la sardine. Sur la période 2006-2015, les poissons représentaient 93 % des toxi-infections collectives dues à l'histamine, dont 87 % pour le thon.
Le mécanisme est simple. Le thon appartient aux scombridés, une famille de poissons naturellement riches en histidine. Quand des bactéries se multiplient dans sa chair — c'est-à-dire dès que la chaîne du froid est rompue — cette histidine se transforme en histamine. Le thon est de surcroît « surtout pêché dans les mers chaudes », ce que l'ANSES signale comme un facteur aggravant.
Et voici le point qui compte le plus : ni la cuisson, ni la mise en conserve, ni la congélation ne détruisent l'histamine déjà formée. Dans l'étude des Centres antipoison, 55 % des poissons incriminés avaient été grillés, et les conserves représentaient 10 % des repas en cause. Un thon mal conservé avant d'arriver dans votre assiette reste dangereux quoi que vous en fassiez ensuite. Plusieurs dossiers mentionnent des ruptures de chaîne du froid banales — « tranches de thon laissées au soleil sur la plage arrière de la voiture ».
Sur les quantités, l'ANSES est précise. Selon la FAO/OMS, la dose d'histamine associée à une probabilité de 10 % d'intoxication est de 50 mg chez des personnes intolérantes à l'histamine, et aucun cas d'intoxication n'a été rapporté pour des teneurs inférieures à 50 mg/kg dans les poissons ; 90 % des cas concernaient des produits au-delà de 500 mg/kg. Le règlement européen fixe pour les produits de la pêche issus d'espèces riches en histidine un critère de sécurité à 100 mg/kg (qualité satisfaisante) et 200 mg/kg (qualité insatisfaisante).
Ce qu'il faut faire, concrètement. L'ANSES demande de mettre rapidement le poisson au réfrigérateur ou au congélateur, de ne jamais le laisser à température ambiante ni exposé au soleil, de le décongeler rapidement et de le consommer aussitôt, et de ne jamais recongeler un poisson décongelé. Le poisson frais se garde au maximum 48 heures au réfrigérateur, dans la partie la plus froide, entre 0 et 4 °C.
Et le thon cru ? Pour le tartare, le sushi ou le sashimi, l'ANSES demande de mettre le poisson au congélateur à −18 °C pendant au moins 7 jours avant consommation, afin d'inactiver les larves d'Anisakis — sa fiche de danger précise qu'il faut « considérer toutes les espèces de poissons sauvages marins comme potentiellement contaminées, sachant qu'aucune zone géographique n'est reconnue exempte de parasites ». À la cuisson, une minute minimum à 60 °C à cœur suffit à les inactiver. Attention : cette congélation règle le problème du parasite, pas celui de l'histamine.
Enfin, l'ANSES rappelle que les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées et les jeunes enfants ne doivent pas consommer de poisson cru, fumé ou pas assez cuit.
- Substance en cause
- Histamine (scombrotoxine), formée à partir de l'histidine du thon par des bactéries quand la chaîne du froid est rompue. Thermostable : ni la cuisson, ni l'appertisation, ni la congélation ne la détruisent.
- Délai d'apparition
- Les premiers symptômes apparaissent en moyenne 35 minutes après le repas. L'ANSES retient une durée moyenne d'incubation d'environ 1 heure, de quelques minutes à quelques heures.
02 Symptômes à surveiller
L'intoxication à l'histamine (ou scombrotoxisme) ressemble à s'y méprendre à une allergie, sans en être une. Sur les 543 patients recensés par les Centres antipoison :
- urticaire (79 % des patients) ;
- rougeur transitoire de la peau, souvent du visage et du cou (71 %) ;
- maux de tête (50 %) ;
- démangeaisons (37 %) ;
- tachycardie, palpitations (33 %) ;
- nausées (20 %) ;
- vomissements (9 %).
S'y ajoutent, selon la fiche de danger de l'ANSES, une sensation de brûlure dans la gorge, un goût de poivre dans la bouche, des picotements de la peau et des étourdissements. Les symptômes durent en général 3 heures, exceptionnellement plusieurs jours dans les cas les plus graves. Sur 543 patients, 25 ont été hospitalisés (4,6 %), dont deux en soins intensifs, et quatre ont présenté une chute brutale de la pression artérielle. Tous ont guéri.
03 Vérificateur de fraîcheur
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Durée sourcée : 1–2 j · DLC
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Avertissement
Cet outil est indicatif. Il s'appuie sur des durées publiées et sur la date portée par le produit, pas sur l'état réel de votre aliment : l'aspect, l'odeur et la texture priment toujours. En cas de malaise après un repas, contactez un professionnel de santé.
04 Durées de conservation
| Situation | Durée | Date | Conservation |
|---|---|---|---|
| Emballage non ouvert | 1 j – 2 j | DLC | Thon frais préemballé ou acheté à l'étal, dans la partie la plus froide du réfrigérateur, entre 0 et 4 °C. Transport en sac isotherme jusqu'au domicile. L'ANSES demande de conserver le poisson frais au maximum 48 heures au réfrigérateur et de respecter la date limite de consommation. La DLC portée par le produit prime toujours sur cette durée générique. |
| Emballage ouvert | 3 j | Aucune | Conserve entamée : transvaser le contenu dans un récipient fermé, sans le laisser dans la boîte métallique ouverte, et conserver entre 0 et 4 °C. Aucune source officielle française ne chiffre la conservation d'une conserve de thon entamée. À défaut, nous appliquons la règle générale de l'ANSES pour les aliments sensibles entamés : 3 jours. Suivez l'indication après ouverture du fabricant si elle existe. |
| Cuit maison | 2 j – 3 j | Aucune | Refroidir rapidement, couvrir, conserver à +4 °C maximum. Réchauffer à 63 °C à cœur. La cuisson ne détruit pas l'histamine déjà formée : dans l'étude des Centres antipoison, 55 % des poissons à l'origine d'une intoxication avaient été grillés. Le réchauffage ne détruit pas davantage les toxines produites pendant le stockage. |
| Laissé à température ambiante | le jour même | Aucune | Aucune. Le thon ne se laisse pas à température ambiante : au froid immédiatement après l'achat, ou au congélateur. C'est le point critique du thon. L'ANSES demande de « ne pas laisser le poisson à température ambiante, ni exposé au soleil » : les bactéries transforment alors l'histidine en histamine, et l'histamine formée ne se détruit plus. Plusieurs dossiers d'intoxication mentionnent des tranches de thon laissées au soleil sur la plage arrière d'une voiture. |
| Congelé | 7 j | Aucune | Pour une consommation crue (tartare, sushi, sashimi) : au moins 7 jours au congélateur domestique à −18 °C avant préparation. Ces 7 jours ne sont pas une durée de conservation mais un traitement préalable destiné à inactiver les larves d'Anisakis, l'ANSES considérant tout poisson sauvage marin comme potentiellement parasité. La congélation ne détruit pas l'histamine déjà formée. |
| Décongelé | 1 j | Aucune | Décongélation au réfrigérateur, jamais sur le plan de travail. Consommer aussitôt. Ne jamais recongeler un poisson décongelé. Pour le poisson, l'ANSES est plus stricte que sa règle générale des trois jours après décongélation : « décongeler le poisson rapidement et le consommer aussitôt », et « ne jamais recongeler un poisson qui a été décongelé ». |
- DLC — Date limite de consommation
- La DLC porte la mention « À consommer jusqu'au ». Elle signale un risque sanitaire : passée cette date, le produit ne doit plus être consommé.
- DDM — Date de durabilité minimale
- La DDM porte la mention « À consommer de préférence avant ». Elle concerne la qualité (goût, texture), pas la sécurité : le produit reste consommable au-delà s'il a été bien conservé.
05 Que faire
En cas d'urgence vitale — gonflement du visage ou de la gorge, difficulté à respirer, perte de connaissance — appelez sans délai le 15 ou le 112, ou le 114 pour les sourds et malentendants. Une chute brutale de la pression artérielle est un marqueur de gravité.
En cas d'intoxication, appelez un Centre antipoison ou consultez un médecin, et signalez le repas de poisson : le tableau ressemble à une allergie, et le lien avec le repas n'est pas fait spontanément.
Conservez des restes du repas de poisson. L'ANSES le demande explicitement : ils permettent l'analyse et la recherche d'une contamination par l'histamine ou par des micro-organismes.
Contrairement à une allergie, une intoxication à l'histamine n'interdit pas de remanger du thon plus tard : ce n'est pas une sensibilisation, c'est une dose.
06 Questions fréquentes
Combien de fois par semaine peut-on manger du thon ?
L'ANSES recommande deux repas de poisson par semaine, dont un poisson gras, mais range le thon parmi les prédateurs sauvages à limiter. Elle écrit que les consommateurs de plus d'une portion de prédateur sauvage par semaine peuvent dépasser la dose hebdomadaire tolérable de méthylmercure. En pratique : variez les espèces, et ne faites pas du thon votre poisson par défaut.
Une boîte de thon ouverte, combien de temps se garde-t-elle ?
Aucune source officielle française ne donne un nombre de jours pour une conserve de thon entamée, et nous n'en inventerons pas. Appliquez la règle générale de l'ANSES pour les aliments sensibles entamés — 3 jours — après avoir transvasé le contenu dans un récipient fermé conservé entre 0 et 4 °C, et respectez l'indication après ouverture du fabricant si elle existe.
Le thon en conserve contient-il du mercure ?
Le thon est un poisson prédateur : il concentre le méthylmercure, et la mise en conserve ne change rien à cela. L'ANSES ne distingue pas le thon frais du thon en boîte dans sa recommandation de limitation. C'est la fréquence de consommation qui compte, pas la forme sous laquelle vous l'achetez.
Peut-on manger du thon cru en tartare ou en sushi ?
Oui, à condition de le congeler d'abord : l'ANSES demande au moins 7 jours à −18 °C dans un congélateur domestique pour inactiver les larves d'Anisakis, en considérant tout poisson sauvage marin comme potentiellement parasité. Attention, cette congélation ne détruit pas l'histamine : elle ne dispense pas de respecter la chaîne du froid. Les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes immunodéprimées ne doivent pas consommer de poisson cru.
Comment reconnaître un thon qui va provoquer une intoxication à l'histamine ?
On ne peut pas, et c'est ce qui rend cette intoxication redoutable. L'histamine ne se voit pas, ne modifie pas de façon fiable l'odeur ou le goût, et résiste à la cuisson comme à l'appertisation et à la congélation. Le seul levier est la prévention : ne jamais laisser le thon à température ambiante ou au soleil, le mettre au froid immédiatement, et le consommer aussitôt après décongélation.
Une boîte de thon dont la DDM est dépassée est-elle dangereuse ?
L'ANSES écrit que consommer un produit après sa date de durabilité minimale ne constitue pas un risque pour la santé du consommateur : la DDM porte sur la qualité, pas sur la sécurité. En revanche, il faut vérifier l'aspect extérieur de la conserve. Un emballage gonflé, une boîte déformée ou rouillée, une odeur désagréable ou une couleur anormale imposent de jeter le produit.
07 Sources
Chaque chiffre de cette page vient de l'une de ces références.
- [1] Manger du poisson : pourquoi ? comment ? — infographie « Poisson : comment le conserver et le préparer ? », 48 h au frigo, 0-4 °C, 7 jours au congélateur avant le cru ANSES
- [2] Méthylmercure : un risque pour la santé en cas de consommation importante de poissons — le thon parmi les prédateurs sauvages à limiter ANSES
- [3] Vigil'Anses n°17 — Intoxications à l'histamine : 543 patients, 173 repas, 85 % dus au thon ANSES / Centres antipoison
- [4] Fiche de description de danger biologique transmissible par les aliments : Histamine — incubation, seuils réglementaires, dose-effet ANSES
- [5] Fiche de description de danger biologique : Anisakis spp., Pseudoterranova spp. — congélation 7 jours, cuisson 60 °C à cœur ANSES
- [6] Comment bien conserver ses aliments — 4 °C dans la zone la plus froide, 3 jours pour les aliments sensibles entamés ANSES
- [7] DLC et DDM — la DDM ne présente pas de risque sanitaire, mais un bombage ou une odeur anormale imposent de jeter ANSES
- [8] Recommandations de bonnes pratiques d'hygiène — restes 2 à 3 jours, réchauffage à 63 °C à cœur GBPH consommateurs / Ministère de l'Agriculture
Fiche mise à jour le
08 Aller plus loin
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